UNE HISTOIRE DE LA PSY…
La psychanalyse n'est qu'une méthode en psychologie ; toutefois, c'est le champ le plus connu de tous et le plus médiatisé. Attention, la psychologie et la psychanalyse sont très différentes.
Il existe deux modèles principaux :
Daniel LAGACHE (1903 - 1972) en 1949,
Jacques LACAN (1901 - 1981) en 1953.
D. LAGACHE a eu Didier ANZIEU (1922 - 1999) comme élève, ils se sont centrés sur la psychologie clinique avec une orientation humanitaire. J. LACAN a quant à lui ignoré et désapprouvé la psychologie clinique et a remanié la psychanalyse et la psychopathologie. Tous trois ont contribué à articuler ces trois grands thèmes malgré une longue rivalité qui a cessé d'exister de nos jours.
LA PSYCHOPATHOLOGIE
C'est la science des souffrances de l'esprit qui contient deux branches qui vont donner lieu à différentes définitions :
La psychologie,
La réflexion théorique sur la clinique psychiatrique.
Ainsi, Théodule RIBOT (1839 - 1916) a structuré la psychopathologie autour de la psychologie pathologique, pour comprendre la "normalité" il fallait passer forcément par l'étude de pathologie interactive du normal et du pathologique (on connaîtra la mémoire en étudiant l'amnésie). Th. RIBOT pensait que, pour comprendre cela, il fallait faire obligatoirement des études de médecine. (Pierre JANET (1823 - 1899)). Puis D. LAGACHE s'aperçoit que la limite entre la "normalité" et le pathologique n'est pas si évidente que cela, car elle est arbitraire (Border-line) ainsi cette manière d'étude est abandonnée.
Plus tard la psychopathologie devient clinique élargissant son sens. Du coût sa définition dans le dictionnaire de psychiatrie et de psychopathologie de Jacques POSTEL devient : "Toutes études cliniques des maladies mentales dans l'esprit et l'usage de la psychologie." C'est donc une réflexion permanente sur les faits mentaux, le mental et la frontière entre la psychiatrie et la psychologie.
Aussi, depuis le XXe siècle, la psychopathologie va refléter les modes de pensée de différents courants, comme l'organisme (Henry EY, 1900 - 1977), la phénoménologie (Ludwig BINSWANGER, 1881 - 1966), la psychanalyse (Sigmund FREUD, 1856 - 1939), le structuralisme (Claude LEVY-STRAUSS, 1908 - ), etc., etc. Et construire des systèmes qui vont aller de l'organogenèse à la psychogenèse. Ainsi, tout ce qui permet de penser "l'homme-malade-mental" va faire partie de la psychopathologie.
À partir d'ici, la psychopathologie va traiter le sujet dans sa globalité et ce n'est plus seulement la théorie de la connaissance du fait psychiatrique qu'il faut saisir, mais une connaissance anthropologique. D. LAGACHE définit la psychopathologie comme l'étude des maladies mentales alors que la psychologie pathologique est l'étude, d'après lui, des fonctions psychiques par l'observation des anomalies qu'elle présente chez les aliénés... L'une apparaît caractériser essentiellement par son objet alors que l'autre comme une méthode au service de la psychologie générale ; mais les deux sont indissociables.
En conclusion, on peut dire que la psychopathologie est l'étude des troubles mentaux, du fonctionnement mental normal et anormal, et l'étude des conduites pathologiques. Ainsi, la psychopathologie envisage le phénomène de l'action psychique morbide du point de vue de leurs descriptions, de leurs classifications, de leurs mécanismes et de leurs évolutions.
LA PSYCHANALYSE
La psychologie clinique a été élaborée à partir de la psychanalyse, cependant, ces deux champs sont bien séparés l’un de l’autre. La psychanalyse est un terme (Psycho-Analysis = Analyse de la Psyché) créé par S. FREUD en 1896. Cette discipline fut construite entre 1893 et 1905, moment où toutes les structures étaient en place, mais S. FREUD a remanié ses concepts sans cesse. Il définit la psychanalyse ainsi : « C’est un procédé d’investigation des processus psychiques qui n’était pas accessible autrement ». C’est aussi une méthode de traitement, essentiellement des troubles névrotiques, selon la méthode de « talking Cure » : traitement par la parole. C’est aussi une série de concepts qui est mise au point à partir de cette pratique. Ceux-ci vont constituer une nouvelle discipline ainsi que la théorie de la métapsychologie freudienne.
La psychanalyse est arrivée en France tard à cause de la guerre et de l’antinazisme français, et a envahi de façon massive tous les champs des sciences humaines. En Allemagne, le succès fut moindre à cause de la guerre qui obligea très vite les psychanalystes à passer aux États-Unis. Ce fut après la crise de 1968 que fut la grande percée de la psychanalyse, car elle semblait aider à trouver des solutions et répondre aux graves questions de mai 1968. La France est notamment le pays dans lequel la pensée psychanalytique est vivante et créative, de plus, c’est aussi en France qu’elle est la plus fidèle à la métapsychologie freudienne et comporte le plus de psychanalystes par habitant. Pourtant, l’histoire de la psychanalyse ne semblait pas intéresser la France, tous les travaux sont donc récents et sont reconnus internationalement. Cette discipline, en France, répond à une inquiétude qui s’est développée par l’éclatement social, ce qui a fait que l’individu a pris plus d’importance. La psychanalyse propose une compréhension du malaise social et un attachement social.
La psychanalyse fut marquée principalement par D. ANZIEU et J. LACAN.
D. ANZIEU a essayé de lier la psychanalyse et la psychologie clinique. Il a imaginé le concept du « Moi-Peau », qui est, selon lui, la première façon de penser l’être humain. Élaboré en 1974, le « moi-peau » a été très contesté en France, ce concept suggère un Moi enveloppant l’appareil psychique comme la peau enveloppe le corps. Vers 1991, il élabore un concept soutenu du « moi-peau » au « Moi-Pensant » : c’est le début de la théorie des enveloppes psychiques. C’est donc une enveloppe construite avec le moi psychique, c’est-à-dire que l’inconscient est d’abord structuré comme un corps (J. LACAN disait comme un langage). D. ANZIEU met en évidence que pour passer du « moi-peau » au « moi-pensant » il faut qu’il y ait un détachement de la mère par l’interdit du toucher.
J. LACAN, psychiatre, travaille avec Gaëtan DE CLERAMBAULT (1872-1934), qu’il reconnaît comme seul maître. Il publie « Autres écrits » en 1938, dans lequel figure « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » où il précise comment on se construit en fonction d’une image. Cependant, ce qui le rend célèbre, c’est sa thèse « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ». Il tire comme conclusion que les traits dénoncés par la paranoïa sont les propres comportements du sujet qui lui sont donc méconnus (concept de projection). Il rajoute qu’il n’y a pas d’issue individuelle. J. LACAN dira alors que la psychanalyse est une paranoïa réussie. Après sa thèse, il est amené à la psychanalyse pour affiner ses connaissances en psychiatrie et déterminer les conditions subjectives dans la prévalence du double dans la constitution du moi. Ainsi, il montre que c’est dans une relation imaginaire que se construit le Sujet : chacun est tributaire de chacun.
Le moi se construit sur l’image du semblable, et donc il n’est qu’illusion. Si le moi se construit à partir de l’image du semblable, le sujet se construit toujours et donc n’est jamais lui (moi) : c’est l’expérience du miroir.
Henri WALLON (1879 - 1962) remarque que vers six mois, les enfants se découvrent dans un miroir et sont contents, J. LACAN profite de cette observation et structure ainsi le miroir dont il en fait un stade du développement en trois étapes :
L’enfant voit son image (reconnaissance de l’autre), il pense d’abord que c’est une réalité
L’enfant s’aperçoit que ce n’est que son image,
L’enfant réalise que c’est son image, cela provoque une jubilation qui va l’aider à se construire.
J. LACAN dira alors que nous nous construisons par retour à une image et pas par la réalité. Par conséquent cela entraîne une aliénation à l’image, il met bien en avant que renforcer le moi, c’est renforcer l’aliénation, et donc le but de la psychanalyse est d’agir sur la désaliénation.
Le moi sera analysé par Rudolf LOEWENSTIEN (1898 -1976), élève de S. FREUD.
LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE
C’est le champ le plus tardif, mais le secteur le plus développé en France après la Seconde Guerre mondiale. D. LAGACHE écrit en 1949 un véritable manifeste de la psychologie clinique intitulé « L’unité de la psychologie ». Il connut cette discipline comme une philosophie personnelle qu’il a vue comme un intermédiaire entre la psychologie expérimentale et la psychanalyse qui sera plutôt son penchant pour laisser tomber la psychologie expérimentale. Avec lui, Juliette FAVEZ-BOUTONNIER (1903 - 1994), qui créa en 1959 le premier laboratoire de psychologie clinique en France, qui s’appellera plus tard laboratoire de psychologie individuelle et sociale. En 1967 la première maîtrise de psychologie clinique est reconnue par l’état et, en 1985, c’est le titre de psychologue qui l’est. À tous deux ils définissent la construction du cursus de psychologie clinique :
Cette psychologie clinique devra être une expression de la tendance humaniste et totalisante (étude de la personne dans sa totalité).
C’est une science de la conduite humaine concrète adaptée ou inadapté, normal ou pathologique, donc, dans sa méthode, elle va trouver les sens, la structure, la genèse des conduites humaines ; présentée comme une étude approfondie menant des observations intensives et d’explorations exhaustives.
Elle va s’intéresser prioritairement aux cas individuels. Ainsi, on met à l’étude les différences de chaque individu.
Cette définition fut fortement critiquée de nombrilisme.
On peut donc considérer la psychologie clinique comme une discipline qui étudie les cas qu’on élargit à une explication sur l’environnement du sujet. Cette psychologie concrète envisage l’homme en conflit avec ses différences et l’homme en totalité avec sa situation ; on étudie une personnalité emprise avec un certain entourage (qui causerait les situations à problèmes). Une fois posée, cette étude de la personnalité concrète emprise à son entourage, on pourrait l’élargir à l’étude des groupes ; c’est la voie indiquée par D. LAGACHE, mais étudiée par D. ANZIEU, créant ainsi le psychodrame. D. LAGACHE est pour une psychologie clinique proche de la psychanalyse avec une séparation des liens avec la médecine, la philosophie et la psychologie expérimentale.
Henri PIERON (1881 - 1964) en 1951, écrit un recueil sur le vocabulaire de la psychologie et la définit ainsi : « Science de la conduite humaine fondée principalement sur l’observation et l’analyse approfondie de cas individuel, aussi bien normale que pathologique et pouvant s’étendre à celle des groupes. Concrète dans sa base et complétant les méthodes expérimentales d’investigations, elle est susceptible de fonder des généralisations valables. Une conception plus étroite l’a limité à une psychologie appliquée au domaine médical. » H. PIERON veut individualiser la psychologie clinique, mais il ne peut pas poser que cela et complète sa définition avec les méthodes expérimentales et garde aussi la généralisation.
Cependant, en 1958, Georges CANGHILHEN (1904 - 1995), grand philosophe prononce un réquisitoire célèbre contre la psychologie. À partir de cet instant, l’influence de ce discours s’est largement développée jusqu’à supprimer le programme de psychologie en philosophie pour les classes de terminale.
J. FAVEZ-BOUTONNIER en 1959, ouvre le champ de l’intersubjectivité en psychologie ainsi que la psychologie clinique à l’éducation et à la réorientation professionnelle. Elle oppose la clinique « aux mains nues » à la clinique « armée » de D. LAGACHE. Elle met au point une psychologie de la vie quotidienne. Elle définit la psychologie clinique comme suit : « Étude d’une personnalité singulière dans la totalité de sa situation et de son évolution. » C’est une approche contrôlée de l’homme par l’homme dans une situation d’implication réciproque différente des méthodes expérimentales. Cette implication réciproque est impliquée à la psychologie et utilise les relations de l’interdépendance de l’observer et de l’observateur. Cela nous donne une théorie d’ordre psychanalytique avec deux notions en jeu :
Le croisement de l’axe synchronique, le temps
Le croisement de l’axe diachronique, l’évolution.
En 1970, on commence par conséquent à centrer le développement de l’individu autour de sa réalisation personnelle. J. FAVEZ-BOUTONNIER inspire par la suite de nombreux auteurs, dont Colette CHILAND, qui écrit « Entretien clinique » en 1983 et continue ainsi dans l’optique de la psychologie « aux mains nues ».
CONCLUSION
On peut remarquer que ces trois disciplines sont bel et bien différentes l’une de l’autre, mais leurs histoires définitivement liées. Aussi, les trois complices J. FAVEZ-BOUTONNIER pour la psychologie clinique, J. LACAN pour la psychanalyse et D. LAGACHE pour la psychopathologie n’a eu de cesse de travailler ensemble. Mélange de trois méthodes, trois champs différents intimement liés à une discipline qui a eu du mal à s’affirmer : la psychologie.
Suite à cette étude, nous pouvons tout de même dégager les définitions suivantes :
On observe que la psychopathologie à manquer fortement de cadre théorique adapté et s’est adaptée ainsi aux champs des auteurs qui ont tenté de la définir. Aussi, on peut dire qu’il y a autant de définitions de la psychopathologie que de champs d’études théoriques de la psychopathologie avec pour seule base l’étude des troubles mentaux. Je vous conseille donc de lire le livre Serban IONESCU situé en référence ci-dessous.
La psychanalyse est une méthode d’investigation des processus psychiques guidée par les nombreuses théories et bases de S. FREUD et plus tard de J. LACAN. Enfant de la médecine, la psychanalyse eut aussi beaucoup de mal à se décrocher de ce lien maternel pour pouvoir voler de ces propres ailes. La psychanalyse est devenue un engouement pour tout ce qui s’est essayé à elle et procure une technique d’exploration jamais encore égalée.
La psychologie clinique va centrer l’étude de l’individu lié à son environnement. D.LAGACHE définit quatre buts aux psychologues cliniciens : le diagnostic & le pronostic, le conseil, le traitement et l’éducation. Elle étudie la conduite humaine dans son individualité et peut s’étendre à l’étude des groupes dans le cadre de l’étude environnementale du sujet. Sa méthode consiste à l’observation et à l’analyse pouvant s’exercer autant sur les cas pathologiques que normaux. Aidée énormément de la méthode psychanalytique, la psychologie clinique réclame une indépendance qui reste inassouvie.
Nous pourrions presque dire que les trois disciplines sont liées ainsi : la psychopathologie correspond aux cadres d’études, la psychanalyse aux méthodes d’études et la psychologie clinique aux objets d’études, mais les choses sont loin d’être aussi simples et resteront, pour un moment encore complexe. Toutes trois à la fois indépendantes et dépendantes d’elles, de la médecine et de la philosophie : La Psylocine (psychologie, philosophie, médecine).
BIBLIOGRAPHIE
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